Tuesday, February 13, 2007

Scientia vincere tenebras (La science vaincra les ténèbres)

Aujourd'hui je mérite un congé. Marianne, une Québécoise de McGill en échange ici pour un semestre, s'est également partie un blog. Il y a quelques jours, elle a écrit un super texte à propos de l'université et des environs. Je trouve qu'elle formule nos pensées d'une manière exceptionnelle et qu'elle le fait mieux que ce que je pourrais faire alors, sans plus tarder, je vous laisse à votre lecture.


Scientia vincere tenebras (La science vaincra les ténèbres)

L’unif (unifffff, faut bien prononcer!) est un petit univers bien bullaire. La masse estudiantine ressemble à la mer Caucasienne. Le monde est autre chose, mais ça c’est une autre histoire. Ma nouvelle planète est l’ULB (l’Université Libre de Bruxelles)


Le quart d’heure académique

Dès mes premiers jours, j’ai fait une impressionnante découverte, qui m’a fait instantanément sentir confortable, comprise, appuyée, épaulée : le quart d’heure académique. Si seulement les cours pouvaient durer que 15 minutes… mais non, ce n’est pas ça. Le quart d’heure académique s’agit de la première tranche du cours, durant lequel il ne se passe absolument rien. Une vulgaire attente dans le meilleur des scénarios, une inquiétude d’abandon dans le pire. En fait, ici on ne se fait plus d’accroire à penser que les gens arrivent aux rendez-vous à temps... On n’est quand même pas en Amérique latine, ou au Monténégro, où la moyenne de décalage interne accepté peut souvent dépasser l’heure! Ce 15 minutes flottant en début de cours permet en fait d’éviter les instructions données à un groupe constamment distrait par les retardataires.. Donc théoriquement, le partage de matière commence strictement, sans retenue aussitôt la grande aiguille passée 3h. Mais vous aurez certainement vu le phénomène venir : tous savent que le cours commence à cette heure-là, les retardataire n’ont pas à s’en faire pour la survie de leur espèce!Même les profs, que j’ai déjà vu à l’ordre, utilisant le quart d’heure académique comme justificatif à leur propre retard… Je crois que je vais bien sûr utiliser ce droit assez fermement (je suis obsédée par l’extension de mes nuits) mais également, je vais beaucoup en rire tout le semestre.

Pour une fois depuis 3 ans, je trouve que McGill tient une logique admirable pour contrer cette étrangeté: des cases-horaires de 50 minutes qui permettent à la fois et les déplacements d’une faculté à l’autre, et l’ingestion de nicotine et goudron dans le sang des revendicateurs de pauses. Ah, la plus meilleure université au Canada!


Petits et grands

On m’a souvent dit que j’avais l’air plus vieille que je l’étais en réalité, que j’étais « plus mature que mon » âge, etc. Du beau blablabla mais ici, j’ai droit à un petit choc des âges, flottant entre deux extrêmes il me semble. En Belgique, l’accès à l’unif se fait en général à 18 ans. Je vous laisse donc imaginer défiler les hordes de jeunes bien intelligents mais avec aucun poil au menton pour démontrer quelque sagesse que ce soit. Et à l’extrême, des auditeurs libres qui veulent ajouter un peu de substance à leur confortable retraite : un saupoudrage de sel dans une mer de café, pour le plaisir de ne pas laisser leurs cerveaux s’exaspérer de la rareté du savoir dans leurs vies. (Par chance, il est physiquement impossible qu’ils sèchent grâce à la pluie belge!) Donc les cours de première année sont les plus difficiles (à endurer) parce que l’espace y est partagé avec des groupes de gamins (souvent déjà complices) qui par leur légèreté de vie, me donnent l’impression d’être retournée au secondaire ou au mieux, au cégep. On se moque même des enseignants! J’avais cru cet instinct dénaturé avec le temps (pas vieille je sais, mais je ne m’adonne plus à ce genre de sottises, vous savez). Ils ont quatre ans pour mûrir au contact des plus sages.

Les cours les plus rigolos sont ceux ou les « vieux » ont la côte et sont même la source de plaisanteries de la part des profs (vieux aussi). Pour comprendre, il faut voir une mamie confuse faire son arrivée bien après la fin du quart d’heure académique (geste qui serait considéré comme un manque total de respect pour le locuteur principal), descendre l’allée de gauche jusqu’au bas et essayer de se frayer un chemin par-dessus les étudiants déjà en place pour atteindre le centre de la troisième rangée... Un peu comme au cinéma sauf qu’au lieu de déranger amèrement ceux qui ont payé, et bien tous sont amusés, même le prof en fait. Sans vouloir vous vexer, universitaires de par le monde, je suis très heureuse de constater que le respect des aînés passe bien avant le respect des intellectuels;)


Nerds

Intellectuels, les étudiants belges semblent vraiment l’être, qu’ils soient jeunes ou moins jeunes : déjà avant la fin de la première semaine de cours, ils répondaient à l’appel des livres à la bibliothèque, armés de marqueurs colorés et de casque écouteurs. Pour moi, ne manque plus que l’oreiller car plus qu’un endroit où focuser admirablement sur le savoir et l’apprentissage, je trouve plutôt le calme des rayons de papiers et mots parfait pour une sieste après le dîner. Oui, je suis du genre à arriver aux lectures d’après-midi avec des marques au visage qui ne sont pas du maquillage.


Le campus

Du reste, le campus Solbosch ici est un concentré d’une dizaine de facultés tassées en sardines dans un périmètre tout à fait ridicule : entre les bâtiments principaux (seulement deux d’entre eux seraient considérés d’architecture intéressante, un tantinet historique, presque. Du reste, le campus est assez jeune et on a vivement privilégié l’usage du béton comme matière première lors de sa construction. L’horreur, ils ont même poussé l’audace jusqu’à inclure quatre immenses maisons préfabriquées!), tout juste ce qu’il faut d’espace pour une rue à sens unique ou pire, un sentier de boue pour piétons. Par chance, on y trouve une sympathique avenue centrale ou se précipiter pour respirer une grande bouffé d’air (pas que devant les portes, où on retrouve un véritable smog en permanence!) entre deux discours. Le résultat : il y a toujours quelqu’un à qui sourire, avec qui rire, à cause de qui arriver en retard en classe. On réussi facilement à se retrouver, soit sur Paul Héger (cette avenue, ne me demandez pas qui était le mec en question), soit devant un babillard couvert de posters colorés pendant en lambeaux, soit à la cafétéria, ce qui me fait sentir, à chaque moment de ma journée estudiantine belge, tout droit sorti d’une mise en scène de Chambre en ville.

En plus, se balader sur le campus est toujours comme une chasse au trésor, car il n’y a aucune logique à l’emplacement des pavillons : tous portent des lettres, mais bien que certaines se suivent parce côte à côte, on trouve le pavillon A (logique, c’est le premier à être construit, pour l’inauguration de 1834) devant le pavillon U (vous aurez la chance de contempler son étonnante forme de U lors d’un tour d’hélicoptère à vos frais!) qui lui est devant les pavillons P1, P2, P3 et P4 pour… « préfabriqués ». C’est une logique tout à fait… belge.

Vous pourrez sans difficulté deviner que je me sens bien loin des prétentions de McGill! Et j’en avais besoin…

http://mariannemoulesetfrites.blogspot.com/



No comments: